Parc national des Pyrénées
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Le 14/12/2018
Paysages

+1,20 degrés : c’est la variation de la température moyenne enregistrée en 50 ans sur les Pyrénées. Soit 30% de plus que la moyenne mondiale (données issues de l’Observatoire pyrénéen du changement climatique). Baromètres scientifiques remarquables du réchauffement climatique, les glaciers pyrénéens rendent visibles le changement du climat. Le constat est éloquent : la moitié d’entre eux ont disparu ces 35 dernières années.

Observatoire des glaciers des Pyrénées françaises, l’association Moraine assure depuis 2001, le suivi de neuf glaciers pyrénéens. Las Néous, les Oulettes de Gaube, le Petit Vignemale, Ossoue, Gabiétous et Taillon : six d’entre eux sont situés en zone cœur du Parc national.

 

Les glaciers, sentinelles du réchauffement climatique

La sensibilité des glaciers au changement climatique résulte du déroulé d’une « année glaciaire ». En effet, d’octobre à septembre, un glacier rencontre deux périodes antagonistes :
- l’hiver (octobre à mai) au cours duquel le glacier grossit par accumulation neigeuse,
- l’été (juin à septembre) pendant lequel le glacier maigrit du fait de la fonte de la neige et de la glace.

Annuellement, les glaciers intègrent donc les données de précipitations et de températures. En résultent une variation de leur volume, positive ou négative, et la modification de leur morphologie. L’augmentation des températures est responsable de la diminution des glaciers car les précipitations restent stables sur le long terme. Ainsi, les glaciers sont des indicateurs climatiques visibles. Leurs photographies à années distinctes rendent accessibles à tous l’évaluation qualitative de l’évolution. Chacun d’entre nous peut de fait, se rendre compte de leur régression progressive.

Le suivi sur le terrain

Les travaux glaciologiques de terrain menés par l’association Moraine font l’objet d’une collaboration avec les gardes-moniteurs du Parc national. A partir d’un protocole répété à l’identique chaque année, le suivi des glaciers consiste à mesurer l’évolution de leurs dimensions : longueur, surface et volume. • La longueur est déduite grâce au repérage de la position du front glaciaire. Il s’agit d’une simple mesure au décamètre depuis un repère fixe.

La surface est mesurée par délimitation du contour du glacier au GPS,
Paramètre le plus représentatif des conditions atmosphériques, le volume, ou plus précisément la variation de volume, s’obtient en deux étapes :

- en fin d’hiver, des sondages et carottages quantifient le gain de neige,
- en fin d’été, grâce à la mise en place préalable de balises d’ablation, la fonte du névé et de la glace est calculée.

La différence entre ces deux paramètres permet de déduire un excédent, un déficit ou un équilibre de volume glaciaire. Il s’agit du bilan de masse.

Mesure de position du front au glacier du Taillon (Gavarnie)
Sondage de l’épaisseur du névé au glacier d’Ossoue (Vignemale)

« Pour qu’un glacier puisse subsister, il faut que son bilan de masse soit positif ou nul. Depuis dix-sept ans, le bilan annuel du glacier d’Ossoue, le plus étudié de tous, n’a été que quatre fois proche de l’équilibre. Il n’est donc pas en accord avec les conditions climatiques actuelles et diminue progressivement, explique Pierre René, glaciologue de l’association Moraine. Le glacier d’Ossoue a perdu 60% de sa surface en cent ans. Compte-tenu des prévisions climatiques, ce glacier est voué à disparaitre à l’horizon 2050. » Depuis 2002, les glaciers se sont globalement maintenus à cinq reprises (2008, 2010, 2013, 2014 et 2018). Au cours des douze autres années, les pertes ont été particulièrement importantes. 2018, une année atypique car positive En 2018, grâce à l’accumulation neigeuse hivernale bien supérieure à la normale et qui s’est prolongée en juin (empiètement sur la période de fonte), et malgré les fortes températures estivales, l’enneigement s’est maintenu en partie durant l’été et a limité la fonte des glaces sous-jacentes. Les glaciers montrent donc cette année, globalement, un équilibre glaciaire.

Evolution comparée du glacier d’Ossoue (Vignemale) en fin d’été 2017 (à gauche) et 2018 (à droite). La présence de neige résiduelle en 2018 illustre une année moins défavorable qu’en 2017.

Au sein du Parc National des Pyrénées, la tendance générale est conforme à celle de la chaîne pyrénéenne. La superficie totale des glaciers a diminué de 86% depuis 1850. Cette tendance semble s’accélérer avec une diminution de moitié depuis 2000. L’englacement est récemment passé sous la barre d’1km² de superficie (0.9km² en 2016).

Découvrez les plus belles images des glaciers des Pyrénées, leur histoire, dans l’ouvrage de Pierre René, glaciologue de l’association Moraine : photo couv Glaciers des Pyrénées –

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Retrouvez plus d’informations sur les glaciers des Pyrénées et l’association Moraine sur http://asso.moraine.free.fr Basée à Luchon (31), l’association Moraine (association pyrénéenne de glaciologie) est un observatoire des glaciers des Pyrénées françaises. Elle fonctionne grâce à de nombreux soutiens dont le Parc National des Pyrénées, les Départements Haute Garonne et Hautes Pyrénées, la Région Occitanie, l’Institut des Géosciences de l’Environnement, Météo France…